VENT D’OPTIMISME

Voici un livre qui ne parle pas technique. S’il y a bien un sujet sur lequel l’auteur ne s’étend pas c’est bien la technologie, et pour cause, c’est son fond de commerce. Il est devenu millionnaire grâce à elle, et de surcroît il est français.

Lorsque Jean-Baptiste Rudelle s’attèle à son ouvrage, il a plein de raison de vouloir s’exprimer. Non pas pour délivrer des secrets de fabrication de son logiciel Critéo qui nous inonde de publicités toujours plus ciblées, à se demander s’il n’a pas introduction d'espion directement dans votre PC. C’est la seule question, d’ailleurs, à laquelle il répond en nous affirmant que non.

Son objectif principal est de transmettre son expérience, celle d’un jeune entrepreneur qui a échoué, a eu des lendemains difficiles, des moments de grande solitude, mais également des moments d’égarement comme le jour où il a rapporté son véhicule fraîchement acheté le matin, pour prendre un autre modèle même si ce choix allait lui coûter quelque milliers d’euros (la différence entre l’ancien avec 10 kilomètres au compteur et le nouveau avec 0). Jean-Baptiste venait d’être millionnaire, donc où était le problème ? C’est à ce moment-là qu’il s’est interrogé, qu’il a pris peur, peur de devenir « con ».

Bien qu'’il ne s’agisse pas d’un ouvrage d’écrivain, son livre n’en reste pas moins un moment de bonheur, écrit sans prétention. Et c’est lui qui explique le mieux sa motivation. « J’écris aussi ce livre pour partager ma frustration face au french bashing. A longueur de temps, j’entends dire que les impôts sont trop élevés, que le code du travail est infernal, que l’administration étrangle les vocations. Désolé, mais si nos entreprises échouent, ce n’est pas toujours la faute de l’Ursaff. Sur beaucoup  d’aspects, la France est un étonnant petit paradis qui s’ignore. Je pousserai même plus loin, la France va devoir cesser de faire autant de cadeaux fiscaux – quand va-t-on nettoyer tous ces riches ? » 

 

 

Pour une idée, qu’importe sa beauté, sa limpidité. L’important c’est la mise en œuvre, ce que les Américains appellent l’exécution, et cela, c’est infiniment plus difficile. Le cimetière des innovations est ainsi jonché de ces belles idées, jolis fantômes, rêves d’entrepreneurs jamais bien concrétisées. Balayées par un concurrent qui aura eu la même idée en même temps, mais qui aura réussi par sa discipline dans la mise en œuvre…

… Une start-up est un projet à long terme, où le succès n’arrive qu’après une incalculable succession de difficultés et de déceptions à surmonter. La qualité numéro un de tout fondateur doit être la persévérance. Surtout ne pas se décourager quand on se prend un mur. Mes associés arrivaient des Etats-Unis, ils n’avaient aucune référence à Paris. Savez-vous ce qui m’a le plus séduit chez eux ? Ils étaient tous les deux … au RMI. En rentrant en France, aucun des deux n’avait de couverture chômage. Mais surtout plutôt que d’aller se réfugier dans un grand groupe avec un salaire confortable, ils avaient préféré se serrer la ceinture – le fameux régime nouilles, fromage râpé, bien connu des étudiants…

… C’est à ce moment de l’histoire qu’interviennent des acteurs qu’on ne voit pratiquement que dans le secteur de la technologie. Les « venture capitalist », alias Vici. Un métier relativement jeune, puisqu’en France il n’a commencé à prendre son essor que vers la fin des années 1990. Il est amusant de noter d’ailleurs qu’en français on traduit « venture capital » par « capital risque ». Nous mettons l’accent sur le risque. Alors que la traduction littérale serait plutôt « capital-projet », ou encore mieux « capital aventure ». Car finalement c’est ce qu’ils font, ces messieurs. Ils se lancent à vos côtés dans un projet, dans une aventure commune. Même s’ils ont horreur de ça, ils savent qu’il y a une forte probabilité qu’ils perdent leurs mises. Mais ils peuvent aussi toucher le jackpot…

… Dans une PME traditionnelle, il y a souvent cette confusion entre la personne qui possède le capital et celle qui gère. En cédant une part de son capital, le petit patron est terrifié à l’idée de perdre le contrôle et de ne plus pouvoir diriger la boîte comme il le veut. Erreur. Certes, il devra s’astreindre à faire un rapport mensuel sur les chiffres clés de son activité, ce qui est de toute façon une bonne discipline de gestion. En revanche, les Vici – du moins ceux qui ont compris leur métier – ne sont pas là pour s’immiscer dans le quotidien et s’occuper de la gestion de la société à la place de l’équipe de management….

… Le « pivot » dans le secteur de la technologie, c’est un de ces mots un peu magiques. Un signe de reconnaissance entre initiés. Dans le domaine des start-up, presque tout le monde a pivoté, pivote ou pivotera au moins une fois dans sa carrière. A tel point que cette histoire de pivot est désormais utilisée par tous les gourous qui tentent de théoriser la martingale du succès. Il y a même des conférences autour de ce concept. Quand pivoter, comment et pourquoi ? Cela passionne les entrepreneurs. Et pour cause. Pivoter, c’est parfois ce qui fait la différence entre le dépôt de bilan et le succès…

… Depuis mon expérience aux Etats-Unis, j’ai un peu plus de recul sur mon pays. Je ne dirai pas de la distance, car je continue à passer beaucoup de mon temps en France pour piloter Critéo. Mais en parcourant le monde, je retrouve une constante : le French bashing. Cette tendance au dénigrement de la France est particulièrement bien représentée du côté des médias anglo-saxons pour qui, il faut l’avouer, il fait partie d’une vieille tradition…

… Lorsque notre croissance outre-

Atlantique s’est accélérée, on m’a souvent demandé pourquoi nous n’avions pas relocalisé aux Etats-Unis notre siège, et en particulier les secteurs recherche et développement. La réponse est simple. Si nous avons choisi de rester en France, c’est avant tout par pragmatisme économique. Autrement dit, cela nous coûte moins cher, et nous permet d’être beaucoup plus compétitifs que nos concurrents qui doivent payer au prix fort les salaires parfois exorbitants des informaticiens de la Silicon Valley. La mondialisation est aussi une opportunité pour la France de faire jouer ses avantages compétitifs…

… La technologie est le domaine de l’innovation par excellence. Le numérique en particulier possède une vitesse de progression, de diffusion, de mutation et de créativité qui n’a pas d’équivalent dans les révolutions technologiques précédentes. Je ne parle pas d’innovation incrémentale (qui consiste à faire un peu mieux ce que l’on fait déjà), mais d’innovation de rupture (qui consiste à tuer ce qu’on fait et à repartir pratiquement de zéro). C’est la raison d’être des start-up qui, toutes à leur manière, cherchent le nouveau concept qui va révolutionner l’ordre établi. 

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