EMPLOIS ET COMPÉTENCES

Avec le CNI, l’auteur plaide pour que l’Industrie apprenne  à parler d’une seule voix sur son avenir et ses besoins de recrutement. Objectif : donner envie aux jeunes de travailler dans les différentes activités de l’industrie.

Par Isabelle Martin, représentante de la CFDT au bureau du CNI, Présidente de la section transversale « Emplois et compétences » du CNI.

 

Il est temps de tourner définitivement le dos à l’idée que l’on pourrait avoir une France sans industrie, sans usines et des usines sans salariés.

Lorsqu’on parle de renouveau industriel, il est le plus souvent question de promouvoir l’innovation technologique et l’investissement productif. Pourtant, l’investissement social – les conditions et des moyens mis en œuvre pour anticiper les mutations industrielles et accompagner jeunes et salariés dans leurs parcours professionnels – est la clé pour l’avenir, et la montée en qualité de l’industrie.

Les difficultés de recrutement que de nombreuses filières rencontrent aujourd’hui – même l’aéronautique n’y échappe pas alors qu’elle bénéficie d’une image particulièrement positive- pourraient créer une situation critique où la désindustrialisation du pays s’auto-entretiendrait par le manque de renouvellement des compétences et la disparition des savoir-faire.

La formation s’impose donc comme un enjeu crucial pour l’industrie qui a besoin de tous les niveaux de qualification (ouvriers, techniciens, ingénieurs,…), aussi bien pour renouveler les générations de salariés partant en retraite que pour répondre aux enjeux de la transformation numérique et écologique.

 

Deux défis à relever collectivement – industriels, syndicats de salariés, pouvoirs publics, régions et territoires :

 Premier enjeu : faire évoluer les contenus de formation car l’industrie se transforme.

Tout le monde a en tête la transformation numérique qui va toucher toute la chaîne de valeur : la conception, la fabrication, la commercialisation des produits industriels et l’imbrication de plus en plus grande de l’industrie et des services. Suite à la COP 21 de Paris, il faut aussi parler de la transformation écologique de l’industrie et des nouvelles compétences liées aux solutions innovantes que l’industrie conçoit et apporte à la société dans la lutte contre le changement climatique. Cette transformation, c’est aussi une approche transversale avec les services, par exemple, l’ingénierie, la logistique, les achats et la relation fournisseurs, le marketing et la relation client.

 Deuxième enjeu : mettre en place dans les territoires une offre de formation – initiale et continue – générant dans le bon timing les compétences dont le tissu industriel a besoin. Le système éducatif, les acteurs de la formation continue et les régions ne peuvent faire cela seuls. Cela demande notamment que l’industrie soit mieux à même d’établir une vision à moyen terme de l’évolution de ses emplois et de ses besoins de compétences. C’est loin d’être évident. Il n’existe pas aujourd’hui de vision prospective globale partagée, accessible à tous, de l’évolution des besoins en termes des métiers industriels à moyen terme.

Si le contenu et l’offre de formation sont à améliorer, encore faut-il que ces formations attirent les jeunes, filles comme garçons. Répondre aux besoins de compétences de l’industrie ne se fera pas sans changer collectivement le regard de la société, des jeunes, de leur famille, des enseignants sur l’industrie, son avenir en France, les conditions de travail, la diversité des métiers et des parcours professionnels.

A l’industrie de mettre en avant ses perspectives d’avenir en France, de valoriser ses métiers et ses parcours professionnels, d’améliorer son attractivité globale de faire connaître la réalité d’aujourd’hui des conditions de travail dans ses usines et lieux de production.

Aux politiques publiques de placer la formation professionnelle et technologique au cœur de son ambition de reconquête industrielle.

C’est ce message que le Conseil National de l’Industrie a adressé en rendant public « Six recommandations pour améliorer sur la formation initiale, l’interaction entre l’industrie et le système éducatif et inscrire la politique de la formation professionnelle et technologique comme un volet majeur de la stratégie de reconquête industrielle française ».

 

Comment le traduire dans les faits ?

Le CNI propose tout d’abord qu’une feuille de route de l’enseignement professionnel et technologique puisse être élaboré en cohérence avec les ambitions de la politique industrielle et plaide pour que le plan « Industrie du futur » permette de  construire un vrai dialogue (industriels, organisations syndicales et pouvoirs publics) sur l’évolution des métiers, des compétences, de l’organisation du travail liée à la transformation numérique de l’industrie.

Pour nourrir cette dynamique, les 14 comités stratégiques de filière au sein du CNI représentent un cadre fédérateur utile pour élaborer progressivement des « visions prospectives partagées des emplois et des compétences industrielles ». L’enjeu est de construire une méthodologie commune permettant de repérer les besoins transversaux et les besoins spécifiques en matière de formation. Mais aussi de s’attacher en permanence à ce que les résultats de cette démarche soient appropriables et accessibles à toutes les parties prenantes (entreprises industrielles, partenaires sociaux, acteurs de la formation, territoires).  Les entreprises « têtes de filière » auront une responsabilité particulière pour faire partager les grandes tendances de stratégie industrielle qui vont structurer l’évolution des métiers et des emplois de la filière à 5 ans et donner de la visibilité aux PME de leurs filières.

Dans le même temps, le Conseil National de l’industrie a mis en évidence l’importance de construire une vision transversale pour les métiers et compétences présents dans quasiment toute l’industrie. Plus de 50 % des jeunes diplômés ne travaillent pas aujourd’hui dans le secteur de leur formation et la mobilité au cours de la vie professionnelle va s’accroître. La transversalité et la transférabilité des compétences constituent un enjeu croissant de la sécurisation des parcours professionnels et d’une réponse adaptée aux besoins des entreprises, les grandes comme les plus petites.

La mobilisation au service de l’emploi et de la formation dans l’industrie a aussi impérativement besoin d’une coopération active entre les filières et branches industrielles, et les territoires. 

Cette dynamique est réelle dans de nombreux bassins d’emploi et constitue une opportunité réelle pour conforter l’ancrage territorial des activités, soutenir le tissu des PME et ETI et anticiper les transitions industrielles et professionnelles.

Changer le regard sur l’industrie, c’est  valoriser son rôle dans la réponse aux besoins sociétaux. L’image de l’industrie est essentiellement associée à la conception des produits qu’elle fabrique ; elle ne met pas suffisamment en avant les usages, les services, l’utilité sociale des produits et de façon plus générale son apport comme inventeur dans tous les domaines de solutions nouvelles.

Les différentes branches et fédérations professionnelles industrielles multiplient les initiatives pour valoriser leurs métiers et attirer les jeunes. Mais, elles agissent en ordre dispersé, mettant plus en avant ce qui différencie que ce qui rassemble. C’est générateur d’inquiétude pour les jeunes et les familles, les enseignants aussi, qui n’ont pas de repères face à cette complexité.

Le CNI plaide pour que l’industrie apprenne à parler d’une seule voix  sur son avenir et ses besoins de recrutement. Il s’agit bien d’élaborer une stratégie collective pour « donner aux jeunes envie de travailler dans les différentes activités de l’industrie ». 

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