Satisfécit et Objections

Deux sociétés, Mazars et Oracle, ont, chacune de leur côté, interrogé des industriels afin de mieux cerner leurs préoccupations et leur appétences pour l’Industrie 4.0. Regards croisés.

 

Les préoccupations des dirigeants français à l’ère de l’industrie 4.0

Avec la révolution numérique, les frontières entre le monde physique et digital s’amenuisent pour donner vie à une industrie 4.0 interconnectée dans laquelle les collaborateurs, les machines et les produits interagissent. Afin d’évaluer la connaissance, la perception et la maturité des entreprises industrielles françaises vis-à-vis de l’industrie du futur, Mazars publie les résultats d’une enquête réalisée avec OpinionWay auprès de 203 dirigeants d’industries françaises de grandes entreprises et d’ETI.

L’industrie 4.0, une notion encore méconnue

Un  dirigeant interrogé sur deux ne sait pas donner spontanément une définition de la notion « industrie 4.0 ». Ils sont cependant fortement familiarisés avec les enjeux du digital, des technologies de pointe, d’automatisation et d’intelligence artificielle.

Ils voient dans la transformation de l’industrie une opportunité pour l’économie française (63%), pour leur entreprise (54%) et leur secteur d’activité (X%). Ils y voient également l’opportunité de développer la personnalisation de la production industrielle : 89% d’entre eux estiment qu’elle pourra être étendue à de nombreuses filières industrielles. En outre, 87% des dirigeants soutiennent qu’elle expose les entreprises à des risques industriels nouveaux, notamment la cybersécurité.

Des dirigeants confiants face aux impacts de l’industrie 4.0

Les dirigeants d’entreprises industrielles sont optimistes à la fois quant aux bénéfices à tirer de la transformation de l’industrie 4.0 mais également quant à leur capacité d’adaptation. La grande majorité (80%) des dirigeants interrogés estiment avoir pleinement pris conscience des impacts de l’industrie 4.0 sur l’activité de leur entreprise. L’essor de l’industrie 4.0 est synonyme de nombreuses avancées : elle permettra un suivi plus précis de l’état de la production (90%), offrira des gains de productivité (86%) et une plus grande réactivité de la production aux demandes des clients (84%).

En outre, 95% d’entre eux ont confiance dans les capacités de leur entreprise à s’adapter aux changements organisationnels et opérationnels liés à l’industrie 4.0. Les impacts à horizon deux ans concernent en priorité les outils de gestion de la production, la relation client et le business model. Ils sont même 57% à attendre des impacts concrets sur le cœur de métier même de l’organisation.

Cybersécurité et Ressources humaines prioritaires

La cybersécurité est de loin la principale crainte des dirigeants : 78% redoutent que la transformation de leur organisation en entreprise 4.0 aboutisse à une exposition accrue aux attaques informatiques. 74% déclarent que leur entreprise est exposée aux attaques informatiques et 40% des entreprises ont déjà été la cible de cyberattaques dont 1 entreprise sur 3 de moins de 50 salariés.

Pour se prémunir face aux risques de cyberattaque, 56% des dirigeants considèrent qu’investir dans la sécurité de leur système informatique est la priorité, seuls 9% estiment qu’il s’agit d’un investissement secondaire.

Deuxième préoccupation majeure des dirigeants : la formation et le développement des compétences. 70% des dirigeants interrogés craignent un manque de compétences en interne pour être en phase avec les technologies de pointe et 68% redoutent des difficultés à recruter des collaborateurs qualifiés. Pour y faire face, 74% souhaitent former tous leurs employés pour homogénéiser le niveau de maîtrise des outils numériques et 68% prévoient d’organiser des groupes d’entraide pour partager les connaissances en interne. L’industrie 4.0 est même l’opportunité de développer des gains de compétences pour 77% des dirigeants interrogés.

« Avant même l’obsolescence des équipements ou la réorganisation de la chaîne de production, les dirigeants estiment prioritaire d’orienter les investissements dans la protection des cyberattaques et la formation des talents. Qu’ils soient interrogés sous l’angle des craintes, des opportunités ou des orientations d’investissements, ces deux thèmes liés à la cybersécurité et aux compétences reviennent systématiquement en haut de la liste. Au-delà des outils et de la technologie on voit ici bien une volonté de protéger en priorité les actifs stratégiques de l’entreprise » déclare Gaël Lamant, Associé responsable Industrie Mazars France.

 

Les industriels ne tirent pas encore profit de l’Industrie 4.0

D’après une nouvelle étude d’Oracle – menée en partenariat avec Coleman Parkes auprès de 700 membres de conseils d’administration, directeurs, responsables de stratégie et directeurs de chaîne logistique auprès d’entreprises industrielles basées au Royaume-Uni, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Chine et aux E.A.U. - les industriels n’exploitent pas encore les principes de fonctionnement de l’Industrie 4.0 que sont l’interopérabilité, la transparence et la décentralisation pour se rapprocher de leurs clients, de leurs fournisseurs et de leurs distributeurs.

L’étude menée auprès de 700 industriels en France, au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suisse, en Chine et dans les E.A.U., révèle que seulement un tiers des industriels utilisent les nouvelles technologies pour supprimer les silos de données tout au long de la chaîne de valeur, tandis que seuls 40% d’entre eux disposent d’un échange de données ouvert avec les fournisseurs et les distributeurs. Concernant les processus de prise de décision, moins de la moitié disposent de données clients intégrées et seuls 45 % bénéficient de données fournisseurs et distributeurs intégrées.

Bien que la plupart des fabricants dans le monde aient investi dans des programmes basés sur l’Industrie 4.0, seuls 17 % ont transformé leurs business model en conséquence, un quart uniquement bénéficiant d’une plus grande visibilité concernant les méthodes d’achat et d’utilisation des produits par leurs clients. Parallèlement, un peu plus de la moitié utilisent les données clients pour orienter la conception et la fabrication de nouveaux produits.

L’étude met en effet en évidence des premiers résultats encourageants auprès des industriels ayant mis en place un digital thread (fil numérique) interne au sein de leur propre entreprise. Ainsi, 82 % de ceux disposant de données intégrées en interne en tirent un avantage.

John Barcus, vice-président, Manufacturing chez Oracle, note qu’ « il est réconfortant de constater que les industriels récoltent certains des fruits liés à la mise en œuvre de l’Industrie 4.0, mais le chemin est encore long avant que les investissements ne produisent l’effet de transformation escompté. La suppression des silos internes est un bon début, mais la continuité numérique doit se développer à l’extérieur de l’entreprise et d’un bout à l’autre de la chaîne de valeur. Le recours à des systèmes interopérables et interconnectés basés sur le cloud constitue le moyen le plus simple pour les industriels d’intégrer en toute sécurité les données fournisseurs et distributeurs et de faire un meilleur usage des données clients et de capteurs afin de gérer l’influence des forces disruptives ».

Enseignement prometteur pour les industriels européens, l’étude montre que les avantages qu’ils tirent de l’Industrie 4.0 sont équivalents à ceux que connaissent leurs homologues chinois. En effet, des résultats similaires sont également observés, 34 % seulement des industriels chinois disposent de données intégrées concernant les utilisateurs finaux et les clients au sein de leur processus de décision, un chiffre inférieur à la moyenne mondiale (43 %). Néanmoins, plus de la moitié (53 %) admettent qu’il s’agit d’un domaine qui reste à améliorer, contre 43 % à l’échelle mondiale.

Concernant les étapes suivantes de mise en œuvre de l’Industrie 4.0, les industriels considèrent les opérations orientées clients comme le domaine qui devrait connaître l’évolution la plus importante aux cours des trois prochaines années. La moitié d’entre eux affirment qu’ils vont s’efforcer de supprimer les silos de données, 47 % reconnaissant le besoin de créer des échanges de données plus ouverts avec leurs fournisseurs et distributeurs.

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